Jeux de mains… (présences modifiées)

 

Séries présences modifiées (19 images). La radiographie n’est pas seulement une découverte scientifique, mais bien une invention culturelle au croisement de multiples savoir-faire. C’est aussi un formidable truc technologique, puisqu’il faut 3 mètres cubes de matériel électrique pour maîtriser le rayonnement X. On peut donc la considérer les radiographies comme des effets spéciaux, tel qu’on les conçoit en photo ou au cinéma : c’est pour cela qu’elle était à ses débuts une attraction foraine.
Dans ma série des “présences modifiées”, j’ai donc adapté aux rayons X tous les trucages utilisés en peinture, photo, sculpture, cinéma. J’ai ainsi fait apparaître aux rayons X tout ce que ces machines ne peuvent pas enregistrer habituellement, c’est-à-dire tout ce qui trahit paradoxalement notre opacité : l’ombre, le reflet, la peau… Autrement dit, tous les doubles de la réalité qui nous renvoient à notre condition humaine.
La radiographie est pour moi un formidable outil anthropologique : elle devient ici comme un instrument d’observation qui permet d’explorer les limites du regard, mais aussi de la vision : ce que je perçois ne correspond pas forcément à ce que je sais, à ce que j’aimerais voir et encore moins à ce qui est !
Enfin, cette série redonne une place active au regardeur que la photographie considère généralement comme un voyeur ou un témoin absent. En le mettant face à des fictions ou des illusions manifestes du point de vue cognitif ou simplement sensoriel, ces images donnent au regardeur l’occasion de s’interroger sur les conventions, les croyances et les fantasmes qui déterminent ou influencent son propre regard. C’est une question cruciale face à la banalisation des simulations, des modélisations ou des fake, dans notre société aujourd’hui.

 

 

 
L’usage de la radiographie sur le corps humain à des fins non médicales est interdit, article L1333-11 du code de santé publique, mention ASN