Jeux de mains… (présences modifiées)

Séries présences modifiées (19 images). Ces vues de corps ne sont finalement que des vues de l’esprit, puisque la radiographie dépend d’un dispositif technique très élaboré. J’ai donc essayé ici de faire en quelque sorte “mentir” la radiographie, en adaptant aux rayons X quelques vieux trucages habituellement réservés à la peinture, à la photo ou au cinéma…
Cette série est le fruit d’expérimentations mélangeant les technologies récentes avec quelques vieux tours de passe-passe façon Méliès ou Moholy-Nagy… En fait, la radiographie n’est pas seulement une découverte scientifique mais bien une invention culturelle. Röntgen, comme les scientifiques de son époque, était aussi un bricoleur aux multiples savoir-faire : il a certainement inventé la radiographie parce qu’il avait déjà manipulé des plaques photographiques, ou peut-être même réalisé des photogrammes, mais aussi parce qu’il avait connaissance du modus operandi de l’ombre chinoise. Au moment où il fait ses recherches scientifiques sur la matière, la photographie “récréative” devient un hobby qui s’inspire de plus en plus des inventions optiques sur la transparence, le rayonnement et la projection du XVIIe, XVIIIe et du XIXe et la science devient “amusante” dans les quotidiens…
Renouant ainsi avec l’esprit qui prévalait à la naissance de la radiologie, j’ai donc joué les alchimistes pour troubler les attentes du regard et les conventions de lectures de la radiographie, de la photo, de l’imagerie 3D… J’ai donc fait apparaître aux rayons-X tout ce que ces machines ne peuvent habituellement pas enregistrer, c’est-à-dire ce qui marque notre opacité : l’ombre, le reflet, la peau… Autrement dit, les doubles de la réalité qui nous renvoient à notre condition humaine.
Le but ici, une fois encore, n’est pas simplement de faire illusion, mais d’amener le regardeur à s’interroger sur les conventions, les croyances et les fantasmes qui déterminent ou influencent son propre regard, au moment où les techno-sciences revendiquent de plus en plus la “beauté” de ses images, prenant ainsi l’art comme alibi, puisque le beau n’est plus une finalité pour l’art contemporain.

 
L’usage de la radiographie sur le corps humain à des fins non médicales est interdit, article L1333-11 du code de santé publique, mention ASN