hoquet sur hochet (texte)

 

Ces objets ont vu le jour suite à la série de gravures de Vésale : ce strip-tease anatomique déshabille un corps même lorsqu’il n’a plus de vêtement à enlever ; comme si l’être humain pouvait s’effacer derrière le corps en représentation, sous l’action d’une main magique qui vous éplucherait tout cela comme une simple banane.
À bien y regarder, cette façon de voir n’a rien d’exceptionnel : prenez l’enfant qui joue avec un hochet. Il manipule cette mire, ravi par son bruit, sans chercher à en distinguer l’origine exacte. Lorsqu’il découvre que son corps s’arrête à l’extrémité de ses doigts et que l’instrument produit le son, il continue pourtant à jouer avec le hochet. C’est à croire que la main, qui relie le corps à l’objet, est douée d’un pouvoir : comme si, d’un simple geste, elle pouvait éviter ou arranger les choses. Cela me rappelle l’histoire de mon propriétaire qui s’est foulé le poignet juste avant de repeindre ses volets ou encore celle de l’informaticien qui s’imagine que le monde va défiler devant ses yeux, juste en appuyant sur les touches de son clavier…
Chacun de ces hochets est un de ces petits arrangements que l’on fait avec soi-même, et que l’on négocie en fonction de son vécu intime ou social. Pour cela, j’ai remplacé les différents contacts manuels qu’un utilisateur peut établir avec un objet par quelques-unes de ces panoplies.
Chaque hochet se manipule donc autrement selon son ergonomie, ses matériaux ou son caractère… Ça parle comme un livre, ça se touche. On peut même en jouer comme d’un instrument de musique, un avertisseur, voire un ringard, cet objet vieillot qui permet d’attiser le feu qui nous anime ou qui nous dévore. Et puisque le hochet est avant tout une façon de prendre la parole par la main, ce sera à chacun de se décider…